10 ans (déjà)

Le cabinet fête aujourd’hui (jeudi 8 janvier 2026) ses 10 ans ! Dix longues années d’aventure professionnelle avec tellement de souvenirs, d’expériences vécues, de moments intenses.

Je me devais d’écrire quelques lignes pour évoquer certains d’entre eux et, en tous cas, donner sommairement mon ressenti sur cette décennie professionnelle.

La prestation de serment.

Le 8 janvier 2016, je prêtais serment à la Cour d’Appel d’AIX-EN-PROVENCE avec 198 de mes (futurs) confrères.

« Je jure comme avocat, d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité ».

La route avait été longue avant d’avoir l’honneur de prononcer ce serment dont le sens profond n’a eu de cesse d’être compris avec plus d’acuité tout au long ces dix années de pratique professionnelle.

Après 5 années de droit (L1/2007 au M2/2011), des mois de stages, une année de préparation à sciences po Aix (2012), l’obtention du CRFPA (2013), c’était (enfin) l’entrée à l’école des avocats du Sud Est (EDASE) en 2014.

Un destin en marche.

Certains anciens élèves de ma promotion (et de ma classe) s’en souviendront peut-être, le tout premier cours (procédure pénale) était dispensé par un éminent Confrère pénaliste aixois (Me Bruno REBSTOCK) dont j’ai bu les paroles jusqu’au dernier jour de classe (et aujourd’hui encore au cours de certaines formations professionnelles dans lesquelles il intervient).

Le premier siège disponible dans cette petite salle de cours avait été à côté de celui occupé par un autre élève avocat qui allait devenir l’un de mes meilleurs amis et aujourd’hui un partenaire fidèle de mon cabinet (Me Raphael MORENON).

Le destin était en marche. Après 6 mois de cours pratiques (en déontologie, plaidoirie, procédures, fondamentaux, etc.), le fameux « PPI » (stage obligatoire de 6 mois en dehors de la profession d’avocat) m’a permis de quitter la France quelques mois pour vivre une expérience professionnelle inédite : travailler au Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) et prendre part aux investigations et poursuites sur la situation du MALI.

Après le stage final (c’est-à-dire les 6 derniers mois de stage cette fois-ci en cabinet d’avocats à MARSEILLE) et (encore) un été de révision, c’était l’épreuve finale du CAPA (certificat d’aptitude à la profession d’avocat) en septembre 2015. Si tous le monde pensait que le CAPA était une formalité, tous le monde révisait sérieusement malgré tout !

La réussite de cet examen professionnel me donnait accès au dernier rendez-vous en janvier 2016 pour la fameuse prestation de serment, étape ultime pour devenir officiellement avocat. Connaitre le droit et les règles déontologiques est une chose, jurer de les respecter en est une autre.

Dans l’attente du mois de janvier, il n’était pas question de chômer.

En effet, après l’achat de la robe (la 1ère des trois robes d’une vie d’avocat), le recrutement par un cabinet d’Avocats marseillais prestigieux (pour exercer en qualité d’avocat collaborateur), les démarches diverses à accomplir pour lancer son activité (libérale), je me rendais ce 8 janvier 2016 à AIX EN PROVENCE avec les 198 « futurs » confrères (ou « jeunes impétrants » comme disaient certains anciens) pour la prestation de serment de la promotion du « 13 novembre » (en référence aux attentats tragiques du 13 novembre 2015 ayant bouleversé notre nation et le monde entier).

Dans la salle des pas perdus, tous rangés au carré face à la statue de Mirabeau, nous avons écouté le discours de Monsieur le Bâtonnier KLEIN dont les mots étaient tellement justes « Dans cette profession, aucun jour ne ressemblera au précédent ».

Je ne peux que confirmer que la vie d’avocat reste trépidante et que les urgences et autres imprévus rythment le quotidien (surtout en matière pénale).

Les années de collaboration.

Les premières années d’exercice professionnel vous mettent généralement vraiment à l’épreuve. La vocation doit s’accompagner d’une véritable détermination, d’une force mentale (voire de résilience) et d’une grosse capacité de travail.  

Il est certain que dans cette profession chaque jour est un combat. Mais la collaboration reste à mon humble avis une période particulière. Si elle est nécessaire (je le pense en tout cas) et formatrice, elle comporte son lot d’épreuves.

Pour ma part, je suis resté dans ce mode d’exercice pendant 5 années. J’en garde des souvenirs mémorables à l’exemple de mes premières assises (après 11 mois de barre, c’est-à-dire 11 mois après ma prestation de serment), des dossiers sensibles à traiter avec une grande autonomie, une confiance totale dont j’avais l’honneur d’être investie, la chance d’évoluer avec des avocats (associés ou collaborateurs) que je trouvais talentueux et le sentiment de grandir professionnellement à leur contact.

Mais mon implication et mon engagement ont été poussés à un tel niveau (et cela par ma propre détermination à vouloir donner le meilleur de moi-même) qu’au-delà d’un certain temps, ce mode d’exercice ne pouvait évidemment plus convenir à une réalité professionnelle qu’il me fallait redéfinir.

Il a donc fallu sauter une étape des plus importantes : l’installation. Ce fut le cas le 1er janvier 2021.

Le saut dans le vide.

C’est un moment particulier dans la vie professionnelle d’un avocat que celui dit de « l’installation ».

En qualité d’avocat vous êtes évidemment indépendant (et votre propre entreprise) dès le premier jour d’exercice professionnel.

Mais il est possible de choisir différents modes d’exercice (salarié, associé, indépendant, collaborateur).

En qualité d’avocat collaborateur (en entreprise individuelle), vous êtes signataire d’un contrat de collaboration au terme duquel vous devez fournir un certain nombre d’heures de travail pour votre collaborant (avocat généralement plus ancien et souvent associé d’une structure) dans le respect de la déontologie de la profession d’avocat.

En contrepartie de ce travail, vous percevez une rétrocession d’honoraires variables en fonction de votre nombre d’année de barre. Chaque barreau fixe d’ailleurs un minimum de ce que doit être cette rétrocession mensuelle.

Ce mode d’exercice correspond souvent (mais pas uniquement) aux jeunes avocats qui bénéficieront d’un certain chiffre d’affaires annuel (de rétrocession d’honoraires versé en exécution du contrat de collaboration), auront parallèlement la possibilité de développer leur propre clientèle personnelle et surtout gagneront en expérience grâce au travail dans les dossiers confiés par l’avocat collaborant.

Chaque parcours est différent. Certains se sentiront à l’aise très longtemps dans ce mode d’exercice. D’autres voudront s’associer (ce fut mon cas à une époque). D’autres encore souhaitent s’installer en indépendant (c’est-à-dire exercer seul) plus ou moins rapidement.

Pour ma part, j’ai ressenti à un certain stade un fort besoin d’indépendance. A un certain moment de ma vie professionnelle (et de ma vie tout court), je souhaitais être seul maître de mon destin professionnel.

J’ai toujours eu une tendance à être très solitaire dans le cadre de mes études et plus tard dans ma vie professionnelle.

Mais en cette fin d’année 2020 (année marquée par la grève des avocats et bien sûr l’isolement du COVID), le «  saut dans le vide » (c’est-à-dire l’installation à mon compte) devenait la seule route possible dans mon esprit.

Plusieurs questions rendent cette étape particulièrement anxiogène pour un grand nombre de ceux qui ont franchi le pas à un certain moment de leur vie professionnelle.

Ai-je assez de clientèle ? Ai-je la trésorerie suffisante ? Est-ce que je dispose de l’expérience nécessaire ? Suis-je matériellement outillé (locaux, matériel, ressources, etc.) ?

Je me suis évidemment posé toutes ces questions d’autant que lorsque la fin de ma collaboration avait été actée (selon mon vœu), je ne disposais pas d’un temps très long pour m’engager sur une installation (sèche) et surtout à la toute fin d’une année « COVID » qui avait été très particulière.

Je ne dirai pas qu’il y a une bonne recette pour réussir la création de son cabinet.

Personnellement, c’est quelque chose que je ressentais au plus profond de moi-même.

La « rage au ventre » comme j’aime à l’appeler un peu trivialement (les amateurs de boxe auront la référence), c’est-à-dire la détermination à donner le meilleur de moi-même pour créer mon propre cabinet et accroitre positivement sa réputation d’année en année auprès des clients, des avocats, des experts et des magistrats.

Mon idée fixe était de créer une structure qui me ressemble (du sol au plafond) dont j’allais être le seul dirigeant et avec une identité unique.

J’ai donc sauté le pas et investi dans la visibilité et le design de mon cabinet (site internet, logo, papier entête, etc.), matériel (mobilier, informatique et bureautique), locaux (avec un grand moment de fierté lorsque mon père – bien plus bricoleur que moi – m’a aidé à poser ma plaque à l’entrée du 92 rue Sylvabelle).

Je ne sais pas si ce témoignage encouragera d’autres avocats à démystifier ce fameux « saut dans le vide » mais après 5 années de création de ma propre structure je suis sûr d’une chose : je n’ai jamais regretté une seule seconde d’avoir posé ma plaque pour exercer seul cette profession qui me passionne, au sein d’un barreau (MARSEILLE) que j’aime particulièrement et dans une ville (la cité phocéenne) bouillonnante de culture et chargée d’histoire.

Peut-être parce que j’ai franchi cette étape au bon moment (pour moi).

J’ai cette intime conviction que lorsque vous exercez une profession avec passion, vous ne faites pas que travailler. Vous vivez ! Il y a cette étrange sensation que ce n’est pas du travail au sens strict du terme. Vous vous sentez simplement vous-même et au bon endroit.

Bien sûr que cette profession (je n’aime pas l’appeler « métier ») reste difficile (comme beaucoup d’autres et il n’est pas question de se plaindre). Mais ressentir cette vibration, ce sens de la responsabilité et cette appétence pour concourir à l’œuvre de justice est unique.

D’aussi loin que je me souvienne, ce goût pour la Justice et la Défense est né dans mon enfance. Les enfants sont parfois cruels entre eux et le système scolaire n’a pas toutes les réponses à apporter à certains stades de l’enfance (on le dira comme ça pour être synthétique).

Face à certaines situations vécues comme injustes (pour moi-même ou d’autres camarades) à l’âge du discernement (7/10 ans), je n’hésitais pas à argumenter et à m’opposer aux représentants de l’ordre établi (que ce soit la petite brute du bac à sable ou l’instituteur dont la punition semblait injuste). Non pas par effronterie (ou trouble quelconque) mais par le caractère insupportable de certaines situations vécues comme injustes à mes yeux.

Etant d’un tempérament assez combatif mais éduqué dans de le respect de valeurs essentielles (notamment la loyauté), le droit (d’abord) et la profession d’avocat (ensuite) sont apparus pour moi comme une évidence.

J’ai également vu cette vocation se réaffirmer au cours de mes stages obligatoires à l’université. Entre la L3 (3ème année de droit) et le M1 (4ème année), j’avais eu la chance de pouvoir effectuer mon stage au sein du cabinet d’un immense avocat pénaliste (Me Frédéric MONNERET) que j’ai toujours plaisir à croiser en audience ou à saluer à proximité du palais encore aujourd’hui. J’avais pu assister notamment à un procès d’assises à ses côtés en avril 2009.

J’aime à apprendre des acteurs de la justice. Voir plaider certains Confrères ou lire leurs livres est parfois inspirant. Rester attentif dans le cadre de certaines audiences (même si ce n’est pas votre affaire qui est traitée) et observer la manière dont certains magistrats dirigent les débats est également très pédagogique.

Je vois dans la pratique de ma profession beaucoup de traits communs avec ma personnalité.

D’autres diront que dans ce métier, on exerce un peu comme on est soi-même. Je partage partiellement cet avis.

Le vrai constat que je partage pleinement en tout cas est celui suivant lequel cette profession vous rend plus dur. Elle vous invite également à cultiver l’art de la contradiction, de la remise en question et de la juste distance à tenir.

Le contentieux judiciaire et plus encore la pratique de la matière pénale vous confrontent à des situations sensibles, des faits violents, des combats judiciaires éprouvants.

Il faut être en mesure de défendre les intérêts de justiciables en vous opposant parfois à eux et sans jamais bafouer votre déontologie (le vrai bouclier protecteur de votre vie professionnelle) ni renier vos valeurs profondes.

Comme disait Mark TWAIN : « Les deux jours les plus importants de votre vie sont le jour où vous êtes né et le jour où vous découvrez pourquoi ».

La maturité.

Dix années : est-ce suffisant pour parler de maturité ?

Je pourrai répondre à cette question dans quelques années (peut-être).

Espérons effectivement pouvoir porter les 3 robes d’une vie d’avocat (j’en suis à la 2ème).

En toute modestie, je dirai que 10 ans d’expérience permettent d’acquérir des réflexes certains et un certain recul.

Le talent n’attend pas le nombre des années. J’adorai lancer cette phrase dans mes toutes premières années d’exercice lorsque j’étais un peu chahuté par un Confrère plus ancien qui voulait appuyer ses arguments en invoquant l’autorité certaine offerte par des années d’expérience.

Mais il est vrai que les années comptent. Nous restons des juristes avant tout. Un avocat devra forcément briller par la finesse de son analyse (juridique et factuelle). Mais l’expérience se forge sur les années d’expérience, les victoires obtenues, les coups durs (ou même les coups bas) que l’on peut recevoir.

Une décennie permet de vivre un bon nombre de situations professionnelles, d’être confronté à des centaines de cas d’espèce, de rencontrer des milliers de personnes (justiciables, experts, professionnels du droit, etc.).

Outre l’aspect professionnel, ces dix années m’ont permis de mieux me connaitre (moi-même), d’évoluer et de grandir. La stratégie et le combat judiciaire imposent une maitrise de soi. Ne pas dérailler dans la pression d’une audience car l’imprévisible est possible jusqu’aux dernières secondes d’un procès.

Chaque jour d’exercice dans cette magnifique profession me rappelle que j’apprends en permanence, que je dois rester humble tant l’océan des connaissances est étendu mais surtout prudent en toutes circonstances tant les erreurs peuvent être rapidement commises (notamment par fatigue ou lassitude).

Être en mesure de douter (à un certain degré évidemment) et prendre du recul sur chaque situation sans penser qu’on peut systématiquement appliquer les mêmes recettes ou se satisfaire de copier-coller pour des situations qui semblent identiques. 

La maturité, c’est peut-être aussi savoir que l’on peut transmettre. Transmettre est même un apprentissage personnel très valorisant.

J’ai eu l’honneur durant ces deux dernières années de pouvoir former une élève avocate devenue ensuite collaboratrice de mon cabinet. 

A l’heure où j’écris ces lignes, le recrutement d’un élève avocat est imminent.

J’ai toujours trouvé que la formation de futurs avocats était une responsabilité immense.

C’est une activité très particulière qu’enseigner à devenir avocat. Une activité très couteuse en temps (si l’on veut assurer une formation de qualité) et nécessitant de vraies qualités pédagogiques (et de la patience).

Défendre.

C’est pour moi savoir que mon intervention quotidienne va servir l’Etat de droit, le respect des libertés fondamentales et les intérêts individuels de justiciables qui me confient avec une grande confiance la mission de les assister ou de les représenter dans un moment important (souvent capital) de leur vie judiciaire.  

C’est avoir conscience que le travail (en l’espérant le meilleur possible) que j’accomplirai permettra d’enrichir l’œuvre de justice.

C’est incarner le contradictoire et agir pour que le procès soit équitable.

C’est prendre la parole (ou la plume) pour faire en sorte que celui ou celle qui en est privée puisse être entendu. 

C’est souvent accompagner des personnes face à de lourdes épreuves de vie.

C’est le faire avec « dignité », « conscience », « indépendance », « probité » et « humanité » 

Mention spéciale

Comment refermer cette petite chronique un peu intimiste sans une mention spéciale pour les proches qui nous ont accompagnés sur cette longue route.

Lors des prestations de serment, il est généralement possible de convier quelques invités (généralement un proche ou de la famille). Le nombre d’invités est d’ailleurs limité aujourd’hui.

Pour ma part, j’avais eu la chance de pouvoir inviter mes deux parents et un ancien professeur d’école devenu ami de la famille avec les années.

C’est une chance inestimable de pouvoir vivre ce moment avec celles et ceux qui ont contribué à votre accomplissement.

J’entends cette phrase au sens large bien sûr.

Derrière ce « Je le jure », il faut se rappeler nos familles qui nous ont soutenus, nos amis qui nous ont encouragés, les Confrères et professeurs qui nous ont formés.

Sur ces dix années, les amitiés se forgent dans le temps.

Je pense à tellement de Confrères de différentes générations ou d’autres professionnels qui m’entourent à l’exemple de l’Expert du chiffre qui m’accompagne depuis plus de 10 ans maintenant.

Ces 10 années ont permis de réunir un réseau de partenaires et d’amitiés étendu.

Des amis avocats qui chaussent les gants pour des sparring en boxe anglaise ou les baskets de trail pour la foulée du dimanche matin, enfilent leur kimono de JJB pour partager des techniques d’étranglement sur les tatamis ou tout simplement vous communiquent leur bonne humeur lors des gros évènements de la vie du barreau (rentrée solennelle, Juris cup, etc.) ou plus simplement au moment du petit café du matin avant l’audience de 8h.

Des amis avocats qui vous aident aussi en cas de difficulté ou pour un service que vous rendrez toujours avec la même confraternité.

Ces dix années enseignent évidemment le sens de ce mot « confraternité » que le serment ne mentionne pas in extenso mais qui est tellement présent dans nos parcours professionnels.

La route est longue mais tellement riche de sens.